• Clara

Construire sans garantie

J’ai réalisé un truc ce matin dans mon bain… (oui, j’aime bien poser le contexte !) Il n’y a aucune garantie que ce qu’on fait/construit « ça marche ».

Ce serait cool que, comme avec les assurances, on ait une sorte de garantie constructeur si des merdes arrivent, sauf que c’est pas vraiment l’idée.


Du coup, on essaie de construire des trucs « qui marchent ». Comment on le sait que « ça marche » ? Parce que ça a marché avant, parce que ça plaît au plus grand nombre, parce que c’est ce qui est écrit sur le mode d’emploi, etc., etc.


Mais, en fait, j’ai réalisé que si je ne commençais pas par construire quelque chose qui part de moi, j’allais tout le temps changer de construction. Genre un jour je fais une cabane en bois, un autre je fais une maison et ensuite je fais un tipi. Et, il y aura toujours quelqu’un qui n’aimera pas, il y a de grandes chances que quoi que je fasse, je ne sois JAMAIS tranquille, surtout en tant que femme.

Alors moi, je veux faire quoi finalement ? #grandequestion

Déjà, c’est bien de se poser la question, mais une fois qu’on à la réponse, c’est pas forcément plus facile. C’est vrai, c’est super dur de construire une jolie petite maison sans aucune garantie. Parce qu’elle est jolie pour moi, mais je ne sais pas si d’autres y trouveront quelque chose aussi. J’y mets tout mon cœur, tout ce qui est important pour moi, mes valeurs, mon esthétique, mes rêves. Et je ne sais, ni si ça va ressembler exactement à ce que je voulais, ni si je vais m’y sentir bien, ni si ça va toucher d’autres personnes. Peut-être que je vais juste me faire crucifier sur place parce que j’ai mal fait, qu’elle est pas dans les normes de peinture, sur le bon emplacement ou que sais-je.

Encore qu’on me dise qu’un immeuble dont j’ai rien à foutre que j’ai construit sur la commande de quelqu’un d’autre c’est de la merde, c’est moche et c’est même pas bien placé, je peux m’en tamponner la coquillette suffisamment, mais si c’est le plus beau de l’intérieur de moi que j’ai mis en forme sur terre et que c’est pas reçu comme un cadeau. Bah… Aïe ! Genre méga, méga AÏE !

J’aimerais tellement qu’il y ait des garanties. Mais il n’y en a aucune. Les seuls repères que j’ai pour le moment, dans tout ce temps de construction, c’est ce que je ressens. C’est les étoiles dans les yeux ou leur absence quand je vois cette maison sortir de terre. C’est la paix intérieure parce que je suis juste heureuse de poser une pierre aujourd’hui et une autre demain. C’est l’expérimentation avec les matériaux, et les quirks que je suis capable de trouver mignons. Comme ces petites pierres qui dépassent un peu du mur gauche parce que j’ai pas bien fait attention quand je les ai posées et que maintenant, bah, here they are.

Est-ce que je peux regarder les quelques pierres et être très fière du travail accompli ? Parce que si avant je fabriquais des immeubles et que ces deux pierres peuvent sembler ridicules si on compare, je sais bien le chemin que ça m’a demandé de désapprendre les immeubles et de poser ces deux pierres-là. Je voudrais juste tellement savoir que ça va ressembler à la maison de mes rêves et que j’y construirais la vie dont j’ai envie. Franchement, continuer à construire juste parce que tu as une image dans ta tête et que tu crois qu’elle peut devenir une réalité même si t’as jamais vu de construction pareille dans ta vie, c’est la définition de la confiance — en toi et tes sensations, et en la vie — enfin, moi je trouve.

J’ai beaucoup cru et je crois que je ne suis pas la seule que si on faisait tout bien comme il fallait, alors, on avait des garanties. Peut-être qu’on à quelques exemples, par ci par là, de personne qui ont fait tout comme il fallait et qui semblent heureuse, surtout si on fait partie des privilégiés. Mais c’est un peu du bullshit tout ça, si on regarde de près, non ? Qui nous dit que c’est ça le bonheur ? Qui nous dit qu’en vrai, ce qu’on veut c’est des immeubles ? Et si on préfère un putain de tipi ?


(Je pète la gueule à tout ceux qui osent se moquer des rêves et des essais infructueux des autres, parce que c’est déjà suffisamment difficile de construire un tipi au milieu des immeubles surtout quand on a construit ces immeubles toute sa vie, on pas besoin en plus de gros malins qui ramènent leurs fraises parce qu’ils ont rien d’autre a foutre. #cetaitlemomentenervé)

Je me rends compte que construire cette maison, juste parce que j’ai envie et que ça me fait du bien, c’est pas aussi facile que j’aurais pu le penser. En fait, c’est la définition même de la vulnérabilité. Comme dire je t’aime en premier, comme se lancer dans une relation dont tu ne sais pas où elle va te mener, mais tu y vas avec tout ce que tu as, comme tous ces moments où on offre le plus beau de nous, sans savoir ce qui va se passer. La vulnérabilité, c’est « show up when you can’t control the outcome », comme dit Brené Brown. Et dieue sait que j’aime bien contrôler the outcome.

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